En reprenant la liste de réseaux sociaux que j’avais dressée pour ce blog, j’ai fait le compte : sur les huit plateformes citées, une a définitivement fermé, une autre a perdu douze ans de contenus de ses membres, une a changé de nom et d’adresse, et une dernière a carrément changé de métier. C’est un bon rappel de ce que vaut un investissement sur un terrain qu’on ne possède pas.
Choisir un réseau social ne se joue pas sur ses fonctionnalités mais sur trois questions : qui s’y trouve, ce que vous pouvez y publier régulièrement sans vous épuiser, et ce que vous perdez le jour où la plateforme ferme ou change ses règles. Le reste est secondaire. Aucune de ces plateformes ne vous appartient, et l’histoire des dix dernières années le démontre plutôt bien.
En bref
- Google+ a fermé ses comptes grand public le 2 avril 2019, après l’arrêt des créations de profils le 4 février.
- Twitter est devenu X en juillet 2023, avec bascule des systèmes sur x.com le 17 mai 2024.
- Myspace a perdu plus de 50 millions de morceaux déposés entre 2003 et 2015 lors d’une migration de serveurs annoncée en mars 2019.
- Une loi interdisant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans a été adoptée le 21 juillet 2026, mais elle attend la décision du Conseil constitutionnel.
Où en sont vraiment les plateformes que je citais
Avant de conseiller quoi que ce soit, voici l’état des lieux vérifié en août 2026 des huit réseaux que mentionnait la version d’origine de cet article. Aucun nom n’est retiré : ce qui a changé, c’est ce qu’on peut en dire.
| Plateforme | Situation aujourd’hui |
|---|---|
| Toujours là, toujours la base la plus large en France, avec une audience qui a nettement vieilli | |
| Devenu X en juillet 2023, bascule des systèmes sur x.com le 17 mai 2024 | |
| Google+ | Fermé. Comptes grand public supprimés le 2 avril 2019 |
| Myspace | Encore en ligne, mais amputé : plus de 50 millions de titres déposés entre 2003 et 2015 ont été perdus |
| Le réseau professionnel dominant, devenu aussi une plateforme de publication à part entière | |
| Viadeo | Toujours accessible, mais adossé au Journal du Net : viadeo.com redirige vers viadeo.journaldunet.com |
| Hellocoton | Toujours en ligne, mais transformé en portail éditorial lifestyle, plus en réseau de blogueuses |
| Devenu l’un des piliers du parcours d’achat, très orienté vidéo |
Le cas Myspace mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est le scénario que personne n’anticipe. Ce ne sont pas des comptes qui ont disparu, c’est le contenu déposé par quatorze millions de musiciens sur douze ans, effacé lors d’une migration de serveurs, sans possibilité de récupération pour ceux qui n’avaient pas gardé de copie. La plateforme a survécu, les œuvres non.

Sur quoi je choisis un réseau plutôt qu’un autre
Mieux vaut un compte tenu correctement que quatre comptes à l’abandon. Un profil laissé sans publication depuis huit mois envoie un signal plus mauvais qu’une absence pure et simple. Pour une entreprise, je pose trois questions dans cet ordre : est-ce que mes clients y sont réellement, est-ce que je peux produire le format attendu sans sous-traiter, et est-ce que j’ai un moyen de récupérer les contacts obtenus vers un support que je maîtrise. Cette dernière question est celle qu’on saute presque toujours.
Sur les formats, l’Observatoire des réseaux sociaux publié par Médiamétrie le 29 juin 2026 donne une indication utile : les contenus les plus consommés sont l’humour, puis la cuisine, l’actualité, le voyage et la musique. Et la première raison invoquée pour se désabonner d’un compte est un contenu jugé peu intéressant ou répétitif. Ce n’est pas la fréquence qui fait fuir, c’est la redondance.
X, LinkedIn, Viadeo : les cas particuliers du côté professionnel
Sur X, deux points techniques valent d’être connus avant de s’y lancer. La limite reste de 280 caractères pour un compte gratuit, contre 25 000 pour un abonné Premium, mais seuls les 280 premiers s’affichent dans le fil, le reste demandant un clic. Sur le plan réglementaire, la plateforme a fait l’objet le 5 décembre 2025 de la première décision de non-conformité au règlement européen sur les services numériques, assortie d’une amende de 120 millions d’euros. Depuis le 16 juillet 2026, après validation par la Commission des mesures prises, ces comptes payants sont présentés dans l’Union européenne comme « abonnés Premium » et non plus comme « vérifiés ». Si vous démarrez, je détaille la prise en main dans mon guide pour débuter sur Twitter.
Côté réseaux professionnels, la comparaison LinkedIn contre Viadeo que je faisais à l’époque n’a plus lieu d’être. LinkedIn s’est imposé sur les deux terrains, national et international. Viadeo n’a pas disparu, contrairement à ce qu’on lit souvent, mais il vit désormais dans l’orbite éditoriale du Journal du Net, ce qui en fait un annuaire professionnel davantage qu’un réseau où l’on construit une audience.
Les précautions à prendre, y compris pour vos enfants
Les conseils d’hygiène numérique n’ont pas vieilli : garder une part d’intimité, écrire correctement, éviter les messages qu’on ne relirait pas à froid, s’accorder des coupures. J’y ajoute désormais un point qui relève du droit et non plus du bon sens.
La loi sur la majorité numérique du 7 juillet 2023, qui conditionnait l’inscription des moins de 15 ans à l’accord d’un parent, n’a jamais reçu son décret d’application : la Commission européenne a estimé que le texte devait d’abord être mis en conformité avec le droit de l’Union. Une nouvelle loi, cette fois d’interdiction pure et simple des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, a été adoptée définitivement le 21 juillet 2026. Elle prévoit des exceptions, notamment pour les encyclopédies collaboratives et les projets à visée éducative, interdit la publicité visant les mineurs sur ces services et confie le contrôle à l’Arcom.
Attention toutefois à ce que vous lisez sur les dates d’entrée en vigueur. Le texte a été déféré au Conseil constitutionnel les 23 et 24 juillet 2026 par deux groupes de députés, et sa décision est attendue avant la fin du mois d’août. À l’heure où j’écris ces lignes, la loi n’est donc pas promulguée et le calendrier d’application annoncé reste suspendu à cette décision. Pour un parent comme pour une entreprise qui communique auprès des jeunes, c’est un sujet à suivre de près dans les prochaines semaines.
Les questions qu’on me pose le plus souvent
Faut-il être présent sur tous les réseaux ?
Non, et c’est même l’erreur la plus répandue chez les petites structures. Ouvrir un compte prend cinq minutes, l’alimenter demande plusieurs heures par mois. Je conseille de commencer par un seul réseau, de tenir six mois, puis d’évaluer avant d’en ajouter un second.
Un community manager est-il indispensable ?
Indispensable, non. Utile dès que la charge dépasse ce que vous pouvez absorber, oui. Le vrai apport d’un professionnel n’est pas de publier à votre place mais de définir ce qu’il est inutile de publier, et de tenir un calendrier quand l’activité s’emballe.
Comment se protéger de la fermeture d’une plateforme ?
En considérant chaque réseau comme un canal de diffusion, jamais comme un lieu de stockage. Gardez vos textes, vos photos et vos vidéos ailleurs, et cherchez systématiquement à convertir une audience sociale en contacts que vous maîtrisez. Les exemples de Google+ et de Myspace suffisent à justifier cette discipline.
Vous voulez commencer par un seul réseau ?
Instagram reste le terrain le plus accessible pour construire une audience à partir de rien, à condition d’en comprendre la mécanique.
Article mis à jour en août 2026. Sources consultées : la page d’assistance de Google sur l’arrêt de Google+ ; la presse spécialisée de mars 2019 sur la perte de contenus de Myspace ; la vérification directe en août 2026 des sites de Viadeo et de Hellocoton ; les décisions de la Commission européenne des 5 décembre 2025 et 16 juillet 2026 concernant X au titre du règlement sur les services numériques ; l’Observatoire des réseaux sociaux de Médiamétrie du 29 juin 2026 ; la loi n° 2023-566 du 7 juillet 2023 et le dossier législatif de l’Assemblée nationale pour l’adoption du 21 juillet 2026 et les saisines du Conseil constitutionnel. Ce dernier point évolue vite : vérifiez l’état du texte avant de vous en prévaloir.